Monsieur le Psychiatre,
Aujourd’hui je reprend ma liberté à une légèreté, à une incompétence radicale, comme, par exemple, celle d’entrer dans votre chambre et de vous dire: Ça Pue, Ici!
Notre société ne craint pas d’imposer le Ritalin à ses enfants surexcités, de prescrire de longues dépendances pharmaceutiques, mais en revanche elle prétend signaler des « troubles du comportement » à l’âge de trois ans. Face à la gestion policière de nos conduites, se rebeller est non seulement juste, mais intimement nécessaire pour survivre. Un ami m’a dit, quand j’étais déprimée, que refuser de se lever du lit n’était pas un état, mais un passage, un au revoir, un pas vers une désaffiliation politique.
Je ne le savais toujours pas : certains silences, certains murs qu’un être humain est obligé d’interposer entre soi et le monde, ne sont que de murailles qui, le moment venu, deviendront des barricades.
J’ai souffert en silence, longuement. J’ai avalé ce que le pouvoir et son bras armé -la médecine- me donnaient quand je n’avais pas la force de le refuser. Et aujourd’hui, née à nouveau et une énième fois de mes cendres, j’ai mis à profit leurs techniques de domination, et notamment les plus sournoises et les plus trompeuses, celles, en somme, que l’Autre met en acte dans nos esprits et nos corps quand il veut nous assujettir.
Aujourd’hui je n’oublie pas le viol de l’esprit, les essorages du cerveau, car, dans cette Italie qui est la nôtre c’est à l’aide de la loi que de tels crimes, des crimes si atroces sont commis. Et comme si cela ne suffisait pas, nous devons même supporter des Chefs d’Hôpitaux renommés qui, grâce aux entretiens intelligents menés par cette racaille puante – qu’on appelle aussi les journaliste, insistent à évoquer à voix haute les pratiques criminelles évoquées dansles pages de Repubblica ou de L’Espresso.
La fonction normalisée, de simple contrôle social que la psychiatrie exerce sur la société contemporaine, a peu à peu prix des dimensions inouïes. Le Panoptique est désormais partout et surtout à l’intérieur de nous.
A cette attaque totale il ne reste que tisser, dans l’ombre des services psychiatriques, des Hôpitaux Psychiatriques Judiciaires, des cages affectés des analystes, une toile faite de matériaux extrêmement inflammables, matériaux que nous saurons contre qui lancer, quand nécessaire.
Chers Docteurs,
nous viendrons encore tourmenter vos nuits, peut-être non seulement métaphoriquement, parce-que vous êtes loin d’avoir gagné la guerre où vous avez joué un rôle si fondamental.
Aux moments propices, aux intuitions nocturnes du conspirateur, au délires du fou-.
Salutations Révolutionnaires,
Les Diserteurs
