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Déclaration de guerre à un certain genre de théâtre italien

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À ceux qui depuis vingt ans font le même théâtre.

À ceux qui ne se sont jamais mis en jeu.

Au fond des yeux de l’Antoine de Truffaut brille une minuscule étincelle intérieure que je n’ai jamais vue dans les salles des théâtres italiens. Peut-être parce que ce reflet nous parle d’un talent qui consiste à donner de l’importance aux sens, au visuel, à la mort de la tyrannie des mots, à répondre avant tout à la question ” pourquoi?” et après être capable de répondre à la question suivante “comment?”. Autrement dit, le contenu précède la forme, il la conditionne. Si le premier est faux, alors la deuxième le sera aussi nécessairement, elle sera inadéquate. Si en Italie on continue à imiter médiocrement Checov (on est déjà très chanceux dans ce cas-là), à se répéter soi-meme, victime d’un narcissisme infini, à mettre en scène nos propres petits drames personnels dont tout le monde se fout, c’est peut-etre parce qu’on aime son propre égo plus que le  théâtre.

Si aujourd’hui on vous attaque frontalement c’est parce que vos dramaturgies sont moches, vos acteurs jouent mal, vos dialogues ne valent rien: vous ne savez pas faire du  théâtre parce que vous ne savait plus ce que c’est.

Surtout parce que vous n’avez toujours pas compris que la tyrannie du texte est au mouvement comme la police est au condamné qui s’évade. Nous ne disons rien de nouveau, il y a déjà un siècle, des esprits plus intelligents que les nôtres ont confirmé cette idée simple. Il est triste que dans notre Italie tout ce qui de bien a été dit ait été oublié avec hate.

Vous êtes vieux et moisis: vous avez un siècle de retard sur le tableau de marche de l’histoire. Nous  aussi nous aimons les classiques: nous aussi nous pensons  qu’Euripide, Shakespeare, Checov sont l’alpha et l’oméga du théatre, sont ceux qui savent provoquer dans le spectacle l’orgasme de l’esprit.

Mais vous, vous êtes aux classiques comme le Maniérisme est à la Renaissance: vous imitez (tantôt bien, tantôt mal) ce que vous n’êtes pas capable de créer.

Nous qui aujourd’hui vous attaquons, fatigués de voir insulter la forme d’art que nous aimons le plus, fatigués par le ridicule mécanisme de starlette que chaque jour vous alimentez par vos comportements, nous ne pouvons qu’être autoritaires et malpolis. Comme disait un ami, nous déclenchons des tempêtes mais nous préférons le soleil.

Non, avec grand regret, nous ne pouvons pas être gentils parce que nous sommes écoeurés qu’aujourd’hui en Italie qui travaille dans le monde du théâtre est trop souvent contraint à faire des compromis auxquels nous ne voudrions jamais arriver.

Et c’est bien pour cette raison qu’on vous arrache le pouvoir des mains, et on envoie valdinguer avec joie l’estrade et vos discours pompeux. Et vous ne nous blessez pas quand vous condamnez notre théâtre parce qu’on est aujourd’hui finalement et joyeusement orphelins et donc libres du jugement du Maître, du Père, du Patron.

Les Diserteurs